Le Maroc est bien noté par les Agences de Notation Internationales. Il accède ainsi au Grade "Investment Grade". Voici Pourquoi le Maroc devrait s'en méfier.
L'agence de notation internationale Standard & Poor's revoit sa note à la hausse pour le Maroc : Le Maroc accède au Grade "Investment Grade"
Certes, Une autre agence de Notation, Fitch Ratings, avait aussi placé le Maroc au Niveau de l'"investment Grade" il y a 3 ans. Rien de nouveau alors. Mais c'est une occasion pour ouvrir le débat et Informer les Marocains des conséquences d'une telle Notation.
Avant, il faut comprendre ce que c'est une Agence de Notation Internationale. Les Agences de Notations sont des organismes Privés qui Notent les états (ou les entreprises et leurs produits). Elles doivent émettre un avis sur la Situation et l'avenir d'une économie et si celle-ci est capable de supporter un Prêt d'un pays ou d'une institution.
Les Agences de Notation ont deux grandes catégories de Notes : La Catégorie "Investissement" qui regroupe des Notes élevées et la Catégorie "Spéculatif" ou "Risqué" qui regroupe les Notes Faibles.
Quand Un pays a une note élevée comme le Cas du Maroc, les Prêteurs (Pays, Institutions Publics ou Privés) peuvent et se mettent à offrir des Prêts de façon plus "Facile" à ce pays : Prêter à un pays Bien Noté est Moins risqué que de Prêter à un pays qui a une mauvaise note.
En fait, ce qui est dérangeant, ce n'est pas la Bonne Note du Maroc, mais c'est sa conséquence : L'augmentation de la dette à cours et à long terme.
Voici ci-dessous les raisons pourquoi Le Maroc devrait se méfier d'une telle Notation.
Sur un Plan Historique : Les Agences de Notation se Trompent.
Ces mêmes agences de notation ont déjà noté des Pays à la catégorie Investissement, mais qu'est il arrivé à certains de ces pays ?Un exemple Flagrant est celui de la Thaïlande en 1997 : Quelques jours seulement avant cette crise, Ces agences de Notation partageait l'optimisme du Marché concernant la Thaïlande et notaient ce Pays comme étant au "Investment Grade". Quelques Jours après le 2 juillet 1997, la Thaïlande rentrait dans une crise qui s'est étendue sur toutes l'Asie.
Durant la Période 2008, les grandes banques Américaines étaient très bien notées par les Agences de Notation, même leurs produits l'étaient, alors que quelques Mois après, la Crise financière internationale a été initié entre autres, par la faillite de ces banques.
Avoir une bonne notation de ces Agences n'est pas garant d'un futur meilleur : c'est un constat indéniable.
Sur un plan Financier : Le Maroc Favorisera-il le recours à la dette ?
Pour les prêteurs internationaux, qu'ils soient publiques ou privés, ont tous intérêt à donner des crédits à un Pays bien noté (comme le Maroc). Pour la simple raison que c'est leur business.Non pas seulement Prêter de l'argent c'est rentable pour les prêteurs mais ils l'encouragent aussi. Ils leur arrivent de faire pression sur les gouvernements des pays en développement pour qu'ils se surendettent.
Ajoutons à cela qu'actuellement, l'état de la Finance internationale caractérisée par des Taux d'intérêt assez bas (suite à la crise), les Gouvernements autant que les Prêteurs y trouveront un certain intérêt.
Le gouvernement emprunte à bas couts et les prêteurs font une bonne affaire car ils n'ont pas ou Placer leur argent avec une sécurité en plus.
La question est : qu'arrivera-t-il dans un futur proche quand les taux d'intérêt augmenteront ? D'autant plus que ces taux d'intérêt seront certainement multipliés par 2 (Prédictions de la Banque Mondiale).
Prenons un Exemple :
Si le Taux d'intérêt de la dette contractée par le Maroc aujourd'hui passe de 1,5% à 3% dans un futur proche, les remboursements vont doubler.
Supposons qu'avant l'augmentation, le Maroc consacrait au service de sa dette 25% de ses revenus d'exportation, demain cela sera 50% ce qui signifie qu'il lui restera une somme insuffisante pour payer ses importations essentielles.
Cet exemple n'est pas anodin : l'Argentine qui est une économie plus puissante que celle du Maroc, a eu la même mauvaise expérience entre 1996 et 2000 et s'est retrouvé en cessation de Paiements.
Sur un plan gouvernementale : Le Gouvernement, faible devant les prêteurs, trop confiant dans son économie ?
Nous ne pouvons que Supposer de telles choses, car en réalité, le Gouvernement ne communique pas sur les taux ni les conditions des prêts accordés au Maroc.Ce qui est sur, c'est que Notre Gouvernement n'a pas suffisamment de pouvoir de négociations avec les Prêteurs pour différentes raisons :
- Le Gouvernement s'est engagé à réaliser des investissements prévus avant la crise Internationale, il a maintenu sa promesse même durant la crise. Le seul Moyen qu'il aura pour financer ces investissement est l'endettement à l'étranger.
- Les ressources du Gouvernement ont baissées considérablement avant et pendant la crise : Suite à une baisse des taxes, à la fois sur les entreprises et sur le Revenu, qui s'est accentuée à cause de la crise financière, le Gouvernement se retrouve avec des caisses moins remplies qu'avant.
- Le Manque de Liquidités persistant sur le Marché bancaire suite à des sorties de devises considérables non compensées par des rentrées conséquentes augmente le besoin du Gouvernement en fonds.
- La Baisse des exportations du Maroc a entrainé aussi une baisse de la couverture des exportations par rapport aux services de sa dette contractée auparavant. Il devrait prendre des dettes pour pouvoir payer des dettes antérieurs.
- Connaissant aussi les Moyens utilisés par les prêteurs pour inciter les Gouvernements à emprunter, notre Gouvernement se retrouvera dans des négociations en position de faiblesse.
Il y a deux autres facteurs qui pourraient entrainer le sur-endettement et des problèmes à cause de la Bonne note du Maroc :
- "L'Aléa Morale" : Un terme connu par les professionnels de l'assurance : Quand on se sent préservé d'une chose, on a tendance à moins s'en protéger. La Bonne note du Maroc induit une certaine confiance du Gouvernement dans son économie, c'est qui la poussera à prendre moins de précautions dans sa gestion.
- "L'exubérance Irrationnelle" nommée ainsi par L'ancien président de la Federal Reserve Alan Gresspan. Les prêteurs se ruent sur un marché par Optimisme et le quittent précipitamment quand ils changent d'Humeur. Ce départ Rapide des fonds a des conséquences dramatiques sur le Pays emprunteur.
Notre Gouvernement prend des décisions qui le réconfortent (Il aura à travers les crédits suffisamment d'argent pour en faire ce qu'il veut) tout en sachant que ces décisions auront un impact sur les gouvernements à venir (qui devront gérer les conséquences de ces prêts).
Commentaires :
Ceci n'est pas un appel à l'arrêt des crédits contractés par le Maroc, mais plutôt un appel à la prudence et non à l'humeur Joviale comme c'est le cas dans cet article du Journal le Matin.Cette prudence devrait, avant tout, se concrétiser par une revue à la baisse de certains investissements promis par le Gouvernement ou quasiment remettre à plus tard des investissements sans grands apports à l'économie Nationale.